130 828 adultes

130 828 adultes : une association qui interroge la mélatonine au long cours

130 828 adultes suivis dans des dossiers médicaux ont été au cœur d’une étude sur la mélatonine prise au long cours. Les résultats, présentés le 3 novembre 2025 par l’American Heart Association, interpellent. Ils ne permettent pourtant pas de dire que le complément provoque une insuffisance cardiaque.

L’enjeu est simple : une aide au coucher peut devenir une habitude durable, alors que ses effets sur plusieurs années restent mal connus. Si vous en prenez depuis longtemps, cette étude invite à remettre son usage dans son contexte médical, sans panique ni arrêt improvisé.

Une hausse observée après cinq ans de suivi

L’étude a comparé des adultes ayant un diagnostic d’insomnie. Leur âge moyen était de 55,7 ans, et les femmes représentaient 61,4 % de l’ensemble.

Les dossiers médicaux électroniques ont été suivis pendant cinq ans. Après appariement sur 40 facteurs, l’insuffisance cardiaque concernait 4,6 % des utilisateurs prolongés, contre 2,7 % des personnes qui n’en utilisaient pas.

Les auteurs ont traduit cet écart par un risque environ 90 % plus élevé. Ce chiffre est frappant, mais il décrit une association observée dans des dossiers. Si vous lisez ce résultat comme une preuve directe de cause à effet, vous allez plus loin que l’étude.

Que recouvre une prise « prolongée » dans cette étude ?

Le groupe concerné comptait 65 414 participants. Chacun avait au moins une prescription documentée et déclarait en prendre depuis au moins un an.

Dans ce travail, l’utilisation prolongée correspondait donc à douze mois ou davantage. Cette définition ne dit rien de la raison précise de chaque prise, ni de tout ce qui peut différer entre deux personnes souffrant d’insomnie.

Une seconde analyse demandait au moins deux prescriptions délivrées à 90 jours d’intervalle. L’augmentation observée y était de 82 %, ce qui montre que le signal restait présent avec un critère de suivi plus strict.

Hospitalisations et décès : des écarts qui demandent du recul

Les hospitalisations pour insuffisance cardiaque concernaient 19,0 % du groupe traité, contre 6,6 % dans l’autre groupe. Les décès toutes causes confondues atteignaient 7,8 % contre 4,3 % sur cinq ans.

Ces écarts méritent d’être regardés avec sérieux. Mais vous ne pouvez pas en déduire que la prise explique, à elle seule, les hospitalisations ou les décès. Les personnes qui recourent durablement à ce produit peuvent aussi avoir des situations de santé différentes.

Pourquoi l’étude ne permet-elle pas de trancher ?

Elle repose sur le TriNetX Global Research Network, créé en 2013, et sur l’observation de dossiers existants. L’appariement réduit certaines différences entre les groupes, mais il ne transforme pas une comparaison de dossiers en essai capable d’établir une causalité.

L’American Heart Association présente ces résultats sous la forme d’un abstract. Ils n’avaient pas été évalués par les pairs et restaient préliminaires dans l’attente d’un manuscrit complet publié dans une revue à comité de lecture.

La prudence française portait déjà sur l’usage au long cours

Le 23 février 2018, l’Anses a publié un avis sur les compléments alimentaires qui en contiennent. Faute de données suffisantes sur leurs effets à long terme, son comité « Nutrition humaine » recommande de les réserver à un usage ponctuel.

Cette recommandation ne préjuge pas du résultat final de l’étude américaine. Elle rappelle un fait plus terre à terre. Une substance pensée pour aider à retrouver un rythme ne devrait pas s’installer dans le quotidien sans réévaluation, surtout si vous la prenez depuis des mois.

L’avis de l’Anses permet de retrouver ce cadre. La prudence est préférable aux promesses faciles autour des compléments du sommeil.

Avant de poursuivre seul, reparlez-en avec un professionnel

Une insomnie qui dure pousse souvent à chercher une réponse rapide. Or, prolonger une prise parce qu’elle semble rassurante ne répond pas forcément à la difficulté qui entretient les nuits compliquées.

Si vous utilisez ce produit au long cours, discutez-en avec votre médecin ou votre pharmacien plutôt que de modifier seul vos habitudes. Et si l’insomnie persiste, que les ronflements sont marqués ou que la somnolence pèse dans la journée, une consultation aide à chercher la bonne cause. Sans faire de cette étude une condamnation.

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